Le smartphone bien calé sur son volant, un commercial de l'entreprise SFD tape un message tout en tentant tant bien que mal de garder un oeil sur la route. C'est alors qu'un ballon rebondit sur soncapot et l'oblige à un freinage d'urgence. Cette scène mise en ligne sur le site de SFD pour sensibiliserses salariés à la sécurité routière. Mais elle n'a rien de fantaisiste pour autant : « Pour cette série de films pédagogiques, j'ai demandé à nos salariés eux mêmes de nous avouer leurs pires pratiques sur la route », raconte Emmanuel Rétif, le DRH de cette entreprise de distribution de produits SFR qui a décidé de frapper fort : chez SFD, le téléphone est désormais totalement interdit au volant, même en mains libres. "
« NOS ACTIONS ONT PERMIS DE BAISSER LA FREQUENCE DES ACCIDENTS »
« A mon arrivée chez SFD en 2006, j'ai commandé un audit de sinistralité. Nous avions beaucoup de petits dégâts. Or la loi statistique dit « plus il y a de petits sinistres, plus le risque d'accident mortel est fort »... A la même époque, un de nos collaborateurs a fait un tonneau sur la route, heureusement sans dommages corporels. C'est alors que nous avons lancé notre démarche de prévention routière.
En 2008 et 2009, nous avons fait suivre une formation d'une journée à la totalité de nos salariés conducteurs, soit 200 personnes en tout, et nous continuons à en faire bénéficier chaque nouvelle recrue à la fin de sa période d'essai. Au quotidien, nous interdisons totalement le téléphone au volant, y compris en mains libres. En cas d'accident, le salarié doit remplir une fiche bilan, envoyée à notre partenaire prévention, qui livre en retour son diagnostic. Les résultats de sinistralité sont affichés par agence commerciale, ce qui crée une certaine émulation. Et au niveau du management, nous veillons à affecter à nos commerciaux un périmètre géographique raisonnable : ils ont déjà la « pression naturelle » des objectifs, inutile de leur rajouter celle du trajet !
Les salariés ont été agréablement surpris qu'on se préoccupe de leur sécurité. Ils savent aussi que moins il y aura de frais, plus ils pourront avoir des véhicules plaisants à conduire. Pour convaincre le comité de direction, j'ai ajouté quelques arguments choc : le coût des réparations ou d'un accident corporel grave, la responsabilité pénale du manager, qui a une obligation de résultat sur la sécurité du salarié...
Nos actions nous ont permis de baisser la fréquence des accidents d'un tous les trois ans par véhicule en 2007, à un tous les 5 ans en 2010. Mais aussi d'être la première entreprise de France à obtenir la certification « sécurité routière » de l'association PSRE (Promotion de la sécurité routière en entreprise), ce qui nous a valu une baisse de 20% de nos frais d'assurance. »
Source L'EXPRESS du 16 Mai 2012 - dossier de Frédéric Le Duff